Savoir poser des limites et dire stop aux violences ordinaires dans le couple

Aujourd'hui j'ai envie de vous parler de ce sujet brûlant en cette période de rentrée scolaire, temps de l'année où nos limites sont vites dépassées par les nombreuses contraintes à gérer et le stress accumulé. Bref c'est une période mouvementée où le ton peut vite monter.


👉Pourquoi poser ses limites dans le couple c'est essentiel ?

  • C'est la condition même d'une vie de couple respectueuse, respectueuse de soi-même et de l'autre, respectueuse de vos besoins à chacun: besoins physiologiques, besoin de sécurité, besoin d'appartenance à la relation, besoin d'être valorisé par l'autre, besoin d'être comprise et d'être aimée par l'autre, besoin de rêver ensemble...

  • C'est la condition même du respect du territoire intime du couple et de l'intimité de chacun.

👉La non-communication de ces limites entraîne des carences et des insatisfactions dans l’intimité du couple.

L’intimité du couple, un espace commun de partage enrichissant pour soi et pour l'autre :


- Pouvoir se dévoiler sans crainte de perdre l'autre ou de perdre le respect et l'amour de l'autre selon ce qui est dévoilé.

- Pouvoir s'ouvrir à l'autre de nos pensées les plus joyeuses comme les plus sombres, des espérances, des rêves et des désirs qui nous habitent.

- Lâcher-prise et laisser l'autre venir sur le terrain de sa propre intimité, c'est être proche, tout proche, à proximité sans s'étouffer, à une juste distance.


L’intimité psychique d'un couple c'est avoir la possibilité de :

- Témoigner de l’intérêt : écouter l’autre, le soutenir, essayer de le comprendre, de le deviner, s’intéresser à ses ressentis, ses besoins, ses problèmes. Savoir ce qui le rend heureux ou malheureux. - Témoigner de l’affection : donner des témoignages de l’intérêt que l’on porte à l’autre. Cela peut passer par des petites attentions. - Partager des idées : avoir la capacité de discuter autour de ses convictions religieuses, politiques, artistiques, professionnelles…

- Rêver ensemble : avoir la capacité à faire des projets irréels, à imaginer des choses même si elles ne sont pas réalisables, et d’en faire part à son partenaire.


Et parfois le besoin d'intimité personnel se perd dans l'intimité du couple ou dans la construction d'une famille :

Rester ensemble suppose de trouver la bonne distance entre une intimité commune qui sera partagée et une intimité personnelle qui sera réservée. Qu'il y ait à la fois du temps passé ensemble et du temps rien que pour soi. L’intimité du couple implique un renoncement à une part de son intimité personnelle. Pour autant, le respect du jardin secret du partenaire est aussi essentiel. Il s’agit donc de trouver un équilibre entre sa vie de couple et sa vie personnelle, ainsi qu'un équilibre entre sa vie de couple et sa vie de famille sans que l’un ou l’autre des partenaires ne se sente lésé ou, au contraire, trop sollicité.


Et il arrive que dans certains couples s'érigent des barrières en fonction de ce qu'ils considèrent comme une atteinte à leur liberté ou une trahison du contrat du couple, trahison des règles et ou des normes implicites du couple. Par exemple, si dans un couple, la règle principale est que la femme reste au foyer et s'occupe de l'éducation des enfants, si elle commence à postuler pour un emplois, cela risque d'être perçue comme une trahison du contrat initial du couple.

Il arrive également que les frontières entre intimité personnelle et intimité du couple deviennent plus flous surtout après l'arrivée d'un enfant.


👉 Mais pourquoi c'est aussi compliqué de poser ses limites et de les rappeler à celui/celle qui partage notre vie ?

  • La peur de déplaire : qui va se manifester par ce type de pensées : " je ne veux pas lui faire de la peine.", "je ne veux pas le décevoir."

  • La peur d'être exclue ou d'être rejetée : qui va se manifester par ce type de pensée :"Il ne va plus m'aimer.", "Il va me quitter."

  • La peur d'être débordée émotionnellement et la peur d'aller trop loin en parole qui est amplifier par ce type de croyances : "Un désaccord peut dégénérer en conflit.""Mieux vaut ne rien dire qu'en dire trop.""Il va mal réagir."

  • La frustration est mal supportée : "Je ne veux pas me priver." "Je ne veux pas me frustrer." "Je ne veux pas ressentir ce vide au sein de cette relation." Les contraintes qui découlent de cette relation provoquent chez vous de la colère.

👉Le non-respect des limites entraîne l'apparition des violences ordinaires dans le couple.


La nécessité de poser ses limites ou de dire stop pour ne pas franchir la ligne rouge :


Connaissez-vous la violence ordinaire dans le couple ? C'est celle qui apparaît dans les disputes de couple, celle qui se glisse dans votre vie de couple, je vous parle des petites agressions au quotidien qui provoquent un climat explosif. Comme cette violence est invisible -contrairement aux violences conjugales- elle est plus difficile à identifier et souvent on a tendance à la banaliser. En aucun cas elle est acceptable ! Ce type de violences si elles s'installent au sein de la relation peut être profondément destructrice et peut entraîner un passage à l'acte, un franchissement de la ligne rouge c'est-à-dire que l'un des partenaires deviennent violent. Je vous propose ici 4 situations ordinaires de la vie d'un couple qui peuvent entraîner un franchissement de cette ligne rouge, 4 situations où il faut être particulièrement vigilant et ne pas hésiter à dire stop! Vous reconnaîtrez sûrement les 4 cavaliers de l'apocalypse.


1) Je lui fais des reproches tout le temps/ Mon partenaire me fait des reproches tout le temps :

Rien ne va. Il ou elle n’est jamais à la hauteur, fait tout de travers et l’autre ne se gêne pas de le souligner. Vous savez ces petites phrases assassines qui sortent toutes seules. Ex : « Si tu arrêtais de me contredire, les enfants ne seraient pas aussi insolents. » « Si tu m’aidais plus à la maison, je pourrais enfin progresser dans mon boulot. »

=> C’est ce qu’on appelle un conflit de hiérarchie ou une lutte de pouvoir. L’un a raison et l’autre a toujours tord. L’un sait ce qui est bon pour les deux et par là même évite de regarder là où il/elle échoue et contrôle la relation.

La solution à envisager : La fluidité peut revenir si le couple regarde et valorise ce que chacun fait de bien dans son domaine en acceptant que le pouvoir passe de l’un à l’autre.


2) Je l’ignore / mon partenaire m’ignore :

Dans ce genre de situation on va parler de désintérêt, de mépris, d’indifférence. Par exemple, « Je le laisse tout faire à la maison sans le remercier car pour être honnête je ne remarque pas quand il fait le ménage ou les courses. » « J’oublie régulièrement de lui demander comment c’est passé sa journée. » Cette situation est violente car elle touche à la façon dont j’existe pour l’autre. Est-ce que j’existe pour ce que je suis ou ce que je fais ? Est-ce que je ne suis qu’un bibelot, une plante verte, un outil, un carnet de chèque ?

La solution à envisager : Pour s’en sortir les partenaires peuvent remettre de la différenciation entre eux. Par exemple, en faisant que des choses rien que pour soi et non plus au service du couple ou de la famille. Le couple peut également clarifier les frontières en regardant ensemble les espaces intimes réservés à chacun. Les limites entre soi et l’autre sont à appuyer comme des frontières individuelles qui nous singularisent.

3) Je le dévalorise /mon partenaire me dévalorise :

Il ou elle reproche à l’autre de ne pas être assez soigneux, organisé, ordonné,… Les positions se figent. Là où ça peut être préoccupant c’est quand ce genre de propos blessants surviennent en public. L’agresseur n’est plus arrêté par la pression sociale. => il y a un risque d’escalade de la violence !!

La solution à envisager :

Signaler à l’agresseur que ce n’est pas acceptable pour vous ! Cette solution n'est envisageable que si cette agression est liée à un contexte particulier, à une crise que vous traversez.

Si vous êtes face à une personne qui passe son temps à vous dévaloriser => Il s'agit d'une volonté de vous rabaisser et de vous soumettre=> Il s'agit déjà de violences conjugales => Quittez cette personne !


4) Je lui hurle dessus ou mon partenaire me hurle dessus :

Certains couples mettent de l’intensité dans leurs échanges. Ils crient, ils pleurent mais ils communiquent. Là où c’est violent et pas acceptable c’est quand cela vient toujours du même partenaire => C'est de l'emprise, il y a une volonté d'annihiler l’autre.=> C'est déjà de la violence conjugale !

Rester mutique est également violent car nous pouvons souffrir de trop ou de pas assez. Là où c’est dangereux pour vous, c’est lorsque un des partenaires est aveuglé par sa colère au point de ne plus voir l’autre. Pour éviter le passage à la violence physique, il faut alors prévoir des temps de vie séparés, un cadre d’échange adapté, un tiers médiateur, envisager une séparation temporaire et bien sûr partir si vous vous sentez menacée.

👉Se poser les bonnes questions pour aller plus loin :

  • Quelle importance accordez-vous aux activités communes, aux moments partagés avec votre conjoint ?

  • Quelle importance accordez-vous à l'espace que chacun a pour lui-même et à la liberté de chacun ?

  • Partageons-nous encore une intimité psychique ? Physique ?

  • Est-ce que mon partenaire s’éloigne de moi ? Et moi de lui ?

  • Ai-je besoin de plus de preuves d’amour ? Est-ce que nous nous en donnons mutuellement ?

  • Est-ce que je donne plus ou moins que mon partenaire ?

  • Est-ce que j’ose me livrer sans craindre d’en souffrir plus tard ?

  • Mon intimité personnelle est-elle assez protégée ?

  • Sommes-nous trop fusionnels au point de chacun nous oublier ?