Couples en crise et confinement, comment cohabiter ?

J'ai décidé aujourd'hui de vous faire le récit de l' accompagnement d'un couple en crise en médiation familiale pendant le confinement.


Avant le confinement, j'ai reçu Michael* et Sandra* lors d'un entretien d'information car ils souhaitent se séparer à l'amiable. Ils ont une petite fille de 5 ans et ils souhaitent tous les deux la protéger de leurs disputes et des conséquences de leur séparation. Nous convenons ensemble de nous revoir 15 jours plus tard pour débuter leur médiation familiale.


Suite aux mesures de confinement, je reprends contact avec eux pour leur proposer un entretien par skype à la place de leur entretien en présentiel. Je leur présente les nouvelles modalités de l'accompagnement adaptées au confinement : des entretiens plus courts (1h au lieu d'1h30 en présentiel ), moins espacés dans le temps (1 semaine au lieu des 15 jours habituels) et ciblés sur une problématique principale. Je leur propose également une communication par mail en soutien des entretiens et un accompagnement plus court dans le temps.


Lors du premier entretien par skype, ils m'annoncent qu'ils ont décidé de continuer à cohabiter le temps du confinement pour être tous les deux présents pour leur fille dans ces circonstances particulières. Je leur demande comment se passe cette cohabitation et s'ils ont mis en place une organisation particulière. Ils évoquent des « journées parfois compliquées » et non ils n'ont pas voulu bousculer les habitudes de leur fille en modifiant l'organisation quotidienne. Le seul changement notable c'est que Michael télétravaille pendant que Sandra s'occupe de leur fille et vice-versa. Ils m'avouent que cette organisation n'est pas l'idéale mais qu'ils voient pas comment faire autrement.

Je les aide à reformuler leur problématique principale qui sera leur objectif de travail : Comment envisager cette cohabitation pour que chacun se sente le mieux possible tout en tenant compte du bien-être de leur fille ?


Dans un premier temps, je leur demande de me raconter comment ils fonctionnaient tous les deux avant le confinement. Pour éviter de se croiser trop souvent, Michael s'arrangeait pour rentrer tard de son travail certains soirs et Sandra passait au moins un soir par semaine à son club de gym. Ils avaient commencé à vivre de manière séparée, se retrouvant uniquement pour les repas de leur fille. Michael avait même commencé à chercher un nouvel appartement de son côté. Confrontés au confinement ils se sont mis d'accord pour mettre leur différents de côté, mais très vite la gestion du quotidien fait ressortir leurs nombreux désaccords et malgré leur bonne volonté, certains désaccords dégénèrent en dispute.


A partir de ces premiers éléments, ils choisissent d'aborder les sujets qui leur semblent les plus conflictuels et génèrent entre eux des tensions. Ensuite dans un second temps je les aide à identifier les sources de conflits entre eux**, en s'appuyant sur les besoins de chacun.


Sandra a par exemple besoin d'un cadre bienveillant qui la sécurise, elle n'en peut plus de marcher sur des œufs avec Michael sur certains sujets. Et elle aimerait qu'ils se mettent d'accord pour répondre ensemble aux questions régulières de leur fille :

« pourquoi papa est fâché ? », « pourquoi tu pleures maman ? ».

Ils se mettent d'accord pour ne pas mentir à leur fille tout en se montrant rassurant et de continuer à passer des moments tous les 3 comme la lecture de l'histoire du soir.


Michael semble avoir besoin de reconnaissance. Il a l'impression que « Depuis que nous avons pris la décision de nous séparer, Sandra a oublié tout ce que j'ai fait pour elle et la petite. » Je l'aide à reformuler sa phrase en demande: Qu'attend-il de Sandra ? Qu'est-ce qui est important pour lui ? Finalement, il exprime sa crainte que Sandra le remplace très rapidement, trop rapidement et qu'à ses yeux il ne soit plus que l'emmerdeur de service. « Elle a toujours fait preuve d'indépendance, elle n'aura pas de mal à retrouver quelqu'un après le confinement si ce n'est déjà fait. ». Sandra est très étonnée par ses paroles et tente de le rassurer, elle ne veut pas de cette séparation pour retrouver quelqu'un mais pour se retrouver elle-même. Et dans le cas où elle retrouvait quelqu'un d'autre, il resterait pour toujours le père de leur fille et à ses yeux c'est important.


Ensuite je leur propose un exercice, rédiger chacun de leur côté une liste de leur besoins au quotidien qu'ils mettront en commun au prochain entretien. Je leur explique qu'ils ne doivent pas se restreindre dans leurs attentes. De quoi ont-ils besoin au quotidien pour se sentir mieux ?

Le cadre et le processus de médiation va permettre ensuite la mutualisation de leurs attentes et mettre en lumière les besoins sous-jacents grâce aux outils de la médiation. A la fin ils dressent ensemble une seule liste avec les éléments qui leur semblent les plus importants pour tous les deux :


  • Besoin d'avoir un moment en solo le soir

  • Besoin de se répartir les tâches ménagères

  • Besoin de sortir la chienne l'un après l'autre

  • Besoin d'aller courir

  • Besoin de téléphoner dans son coin (sans question indiscrète de la part de l'autre)

  • Besoin de faire une activité détente dans la journée avec la petite

  • Besoin de se mettre d'accord pour les sorties indispensables (courses, médecin, etc.)


Chaque point est abordé l'un après l'autre avec les règles de la communication non-violente, le « tu veux » accusateur est remplacé par « je perçois que ce qui est important pour toi est ... ». Ils choisissent également les modalités de mise en place pour chaque point.


Au fur et à mesure des entretiens, ils se sentent de nouveau entendus et compris par l'autre et les échanges s'apaisent. Ils trouvent des solutions respectueuses des besoins de chacun et ils ont même retrouver en eux des ressources qui leur permettent d'être des alliés pour surmonter les difficultés.


Ils savent qu'ils ont le droit de ne pas être d'accord sur certains sujets. Ils ont même mis en place une méthode originale et créative pour communiquer sur les sujets délicats: un lever de drapeau rouge quand les émotions négatives prennent le dessus, la conversation s'arrête alors d'un commun accord et celui ou celle qui a levé le drapeau rouge pourra lever un drapeau vert pour reprendre la discussion quand il ou elle se sentira plus apaisé(e). Par ailleurs, ils s'offrent chacun des espaces de liberté individuel où ils peuvent décompresser et se ressourcer en solitaire.


Finalement, à la fin de leur accompagnement, ils savent qu'ils sauront communiquer de manière constructive, ils ont redéfini leur quotidien pour redevenir des parents solidaires pour le bien-être de leur fille et partager leurs responsabilités de parents.



* Par soucis de confidentialité, les prénoms ont été modifiés pour cet article.

**Par soucis de confidentialité, les thèmes abordés dans l'article sont des thèmes récurrents des accompagnements en médiation familiale et ont été romancés pour cet article.