Le burn-out parental ou la tyrannie de la parentalité positive.

Mis à jour : 26 oct 2019


Aujourd’hui, réussir ses enfants est devenu un devoir social. Hors la performance, point de salut, pour l’éducation de nos enfants comme dans tous les domaines de nos vies. «Parentalité positive», «éducation bienveillante»… Les nouveaux parents jonglent avec des concepts qui mettent la barre toujours un peu plus haut. Sans parler des réseaux sociaux, où c’est le marathon du parent le plus exemplaire. Ces enfants qui ont été voulus, programmés, pas question de les «rater».

"c'est comme si la société entière passait sous silence que le fait d'être parent puisse être merveilleux ET parfois difficile (p. 26) "

Dans ma liste de lecture de cet été sur la parentalité, j'ai ajouté le livre de Moira Mikolajczak et Isabelle Roskam sur le burn-out parental assez curieuse d'en apprendre un peu plus sur ce phénomène de plus en plus présent dans notre société occidentale. Et en tant que femme trentenaire qui projette d'avoir des enfants, je ne peux que me sentir concernée.

Cet ouvrage retrace les travaux de recherche de deux chercheurs en psychologie mais également mères de famille qui se sont intéressées au burn-out parental lié selon elles aux injonctions de la parentalité positive. Et dès l'introduction, ce livre me parle peut-être parce que leur point de vue est assez différent des louanges habituelles que l'on entend sur la parentalité positive.

Ce livre s'adresse à tous les parents épuisés, à ceux qui culpabilisent de ne pas "être assez" avec leurs enfants : être assez à l'écoute, être assez patients, être assez positifs ...

C'est pour tout ces parents qui cherchent à comprendre ce qu'est le burn-out parental, à évaluer à quel point ils en sont proches ou en sont éloignés et savoir comment ils en sont arrivés là. Ce livre propose enfin des pistes pour en sortir et éviter que cela se reproduise de nouveau.

La table des matières :

Première partie : Comprendre le burn-out parental

Chapitre 1 : être parent au XXIème siècle

Chapitre 2 : De la joie et du stress d'être parent

Chapitre 3 : Le burn-out parental, c'est quoi ?

Chapitre 4 : Suis-je concerné(e)?

Chapitre 5 : Comment tombe-t-on en burn-out?

Chapitre 6 : Pourquoi tombe-t-on en burn-out ?

Chapitre 7 : Pourquoi (pas) moi ?

Seconde partie : Sortir du burn-out parental

Chapitre 8 : Faire le point

Chapitre 9 : S'aider soi-même

Chapitre 10 : Faire face à deux

Chapitre 11 : Améliorer la relation avec l'enfant

.

Dès le chapitre 1, la charte européenne des bons parent selon la parentalité positive fait tomber le couperet du parent parfait. Cependant, pour les auteurs, il faudrait considérer la "parentalité positive" comme un idéal vers lequel on devrait tendre :

- en étant chaleureux et soutenant envers nos enfants,

- en passant du temps de qualité avec eux,

- en expliquant les règles qu'ils doivent respecter,

- en réagissant aux comportements négatifs des enfants avec des explications et si besoin avec des punitions non-violentes comme le time-out ( = Mise à l'écart temporaire de l'enfant).

Etre un parent positif qui répond toujours et tout le temps à ces critères d'excellence, est-ce possible ? Non et c'est ce qui peut déclencher de la culpabilité et de l'insatisfaction chez beaucoup de parents.

Oui =>"la parentalité n'est pas toujours épanouissante, c'est un job à pleins temps, sans période de répit, et c'est un job dont les coûts sont élevés et la rémunération incertaine dont on ne peut pas démissionner."

Qu'appelle-t-on Burn-out parental ?

Il s'agit d'un stress intense et/ou particulièrement prolongé qui s'accompagne d'une insuffisance de ressources de protection face à ce stress ( Ressources = conjoint aidant, employeur compréhensif, famille présente, environnement de vie de qualité, etc.).

Concrètement comment cela se manifeste-t-il ?

Il existe trois versants dans le burn-out qui peuvent exister conjointement ou séparément. Pour parler de burn-out parental on considère qu'il faut au moins que 2 sur 3 soient présents :

-> L'épuisement physique et émotionnel

->La distanciation affective est un mécanisme de défense qui découle parfois de l'un ou l'autre des deux autres versants.

-> La perte d'efficacité parentale

Mais avant d'en arriver là, les chercheurs ont montré qu'il y avait différents stades :

Phase 1. L'idéalisation de la famille

Le parent en phase 1 tend vers un idéal qu'il ne sait pas encore inatteignable. Il veut être un père parfait ou une mère parfaite. Ce désir d'idéal peut provenir d'une blessure ou d'un manque dans l'enfance (un parent absent, un divorce, un parent négligent ou maltraitant). Le parent souhaite construire la famille qu'il n'a pas eu enfant et être le parent qu'il aurait voulu enfant. Dans d'autres cas, ce désir trouve sa sa source dans le regard à priori négatif de la société sur le parent différent ( famille monoparentale, homoparentale, pauvre, etc.). Bref tous les parents se sentant stigmatisés et donc a priori "préjudiciables" pour leurs enfants risquent de ressentir une pression vers la perfection liée à la peur d'être (mal) jugés.

Phase 2. Le surinvestissement :

Convaincu de l'importance de sa mission, le parent s'investit à fond dans son rôle de parent. Il se donne sans compter au niveau des nuits, des soins, des activités des enfants, des trajets , des activités extra-scolaires, des devoirs, etc. La liste est longue et on doit mettre cette liste face aux ressources du parent, ce qui peut créer un déséquilibre si cet investissement n'est pas compensé par le sentiment d'être indispensable à l'enfant. Et la conséquence ici est de s'oublier et/ou oublier de déléguer à cause du sentiment d'être indispensable donc irremplaçable pour notre enfant.

Phase 3. Le sacrifice de soi :

Omnipotent, le parent surestime ses forces et néglige ses besoins (de sommeil, d'alimentation,d'activité extérieure, de vie sociale, de loisirs, d'intimité en couple,etc.) au profit de ses enfants. La négligence de soi peut aller loin : le parent oublie de manger par exemple. A ce stade le parent est devenue prioritairement mère/père puis exclusivement mère/père.

Phase 4. La frustration :

Le parent fait l'expérience de la frustration. Tout d'abord quelques touches d'insatisfaction et de déception. Puis la frustration s'intensifie parfois jusqu'à l'amertume. C'est la frustration de ne pas y arriver ou de constater que leurs efforts ne portent pas leurs fruits, ou encore cela peut venir de ce que l'on a renoncé pour ses enfants, des sacrifices que l'on fait pour eux (par exemple avoir renoncé à un poste sympathique mais lointain). Tout parent passe par des moments de frustration mais là on parle de frustrations qui durent, lié à un dévouement qui n'a pas donné les bénéfices escomptés.

Phase 5. La perte d'énergie :

Si la frustration perdure, le parent passe en phase 5, il commence à ressentir la fatigue accumulée au cours des derniers mois ou années. Il prend conscience des sacrifices exigés par son rôle de parent. Il comprend aussi que ce rôle ne comble pas tous ses besoins. Il fait le deuil d'une partie de ses rêves. Le parent fait preuve de moins de patience, devient plus susceptible ou pessimiste, les situations dégénèrent en conflits plus facilement. D'autres parents paraîtront plus absents, dans la lune, ne semblant plus donner de l'importance aux demandes de leurs enfants. L'entourage va penser à un coup de mou passager. Des changements doivent impérativement arriver à ce stade sinon le parent bascule dans le burn-out. Ces changements peuvent être un rééquilibrage des tâches parentales, une aide ménagère à domicile, être davantage soutenu et/ou valorisé par le conjoint, être reconnu par ses enfants. Un soutien psychologique peut également être très utile à ce stade.

Phase 6-7-8. Le burn-out : épuisement, distanciation affective, perte d'efficacité parentale :

La première facette du burn-out est l'épuisement physique et émotionnel. Le parent se sent épuisé comme vidé, au bout du rouleau. Un sentiment d'overdose à l'idée de tous ce qu'il y aura à faire pour les enfants, un sentiment d'à quoi bon se donner tant de mal, un sentiment d'être fatiguée de donner, de ne plus arriver à faire face, de ne plus être maître de sa propre vie, voir d'être déconnectée de soi-même.

La seconde facette est la distanciation affective d'avec les enfants qui va se manifester par une forme de désinvestissement et distance. Trop fatigué le parent ne va plus s'investir dans la relation ou en tout cas plus autant que d'ordinaire. Il prête moins d'attention à ce ses enfants lui racontent ou les écoute d'une oreille distraite. Il ne s'implique plus autant dans l'éducation, il n'arrive plus autant à montrer son affection, il fait ce qu'il doit faire mais pas plus (par exemple : faire les repas, les coucher).

Pendant la dernière facette, le parent prend conscience qu'il n'est plus le parent qu'il voudrait être. Il n'est plus épanoui en tant que parent. Il est arrivé à saturation. Une forme de dépersonnalisation peut se faire sentir : "Moi j'avais l'impression de jouer un rôle" raconte une mère de famille qui observe envieuse d'autres mamans jouer avec leurs enfants. De nombreux témoignages de parents font état également dans les cas les plus extrêmes de négligence voir de maltraitance sur les enfants.

Certaines dépendances peuvent également apparaître comme la caféine, l'alcool et les jeux qui vont aider le parent à tenir le coup. Je ne m'étendrai pas sur les difficultés conjugales et les problèmes de santé qui peuvent être occasionnés par le burn-out parental.

/Attention/ Il suffit que deux de ces facettes soient présentes pour qu'on parle de burn-out. Ce qui doit alerter l'entourage c'est le contraste entre l'énergie, l'investissement, l'efficacité du parent avant et baisse/perte d'énergie, désinvestissement et la perte d'efficacité parentale actuelle.

/OUF ! / Si beaucoup de parents connaissent le "burn in " c'est à dire la phase 1 à 5, la plupart ne tombent pas en burn-out.

Qui sont les parents les plus à risque ?

En raison de l'extraordinaire capacité d'adaptation de l'être humain, la plupart des parents parviennent à composer avec la fatigue et à gérer tant bien que mal les multiples défis de la parentalité. Comme on l'a vu plus haut, le burn-out survient quand la somme des stresseurs dépasse la somme des joies et des capacités d'adaptation du parent et du couple. Mais certains parents présentent davantage de facteurs de risques :

- avoir eu une grossesse à risque et/ou un enfant prématuré

- être une personne stressée et anxieuse

- avoir des difficultés à gérer les émotions négatives

- avoir des difficultés à avoir une éducation cohérente ("je menace mes enfants d'une punition mais finalement je ne la mets pas.")

- élever 3 enfants ou plus

- avoir un enfant qui a toujours été difficile depuis sa naissance

- avoir un enfant ayant une maladie chronique et/ou grave

- avoir un enfant adopté

- avoir des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle

- avoir été licencié(e) et/ou être sans emploi

- n'avoir pas de soutien ou d'investissement de la part de l'autre parent

- avoir une relation de couple insatisfaisante

- avoir une relation de couple très conflictuelle

- ne pas avoir fait d'études supérieures ou être titulaire d'un bac +6 ou plus

- avoir un logement exigu, inadapté pour élever des enfants ou dans un quartier non-sécurisant

- élever au moins un enfant en bas âge (moins de 5 ans) dans une fratrie

- avoir des difficultés financières

- avoir peu (ou pas) d'amis ou de famille sur qui compter

- avoir été confronté(e) à la maladie grave et/ ou au décès d'un proche (enfant, conjoint, personne chère) dans l'année

- avoir été confronté(e) à un accident domestique grave (incendie, cambriolage) dans l'année

- avoir une famille recomposée ou monoparentale

Heureusement la plupart des parents disposent de ressources suffisantes pour contrer ces éléments stresseurs. Je ne ferai pas la liste ici de ces ressources car ce sont les opposés de tous ceux notés ci-dessus, par exemple, avoir un travail épanouissant, être d'accord avec l'autre parent sur la manière d'éduquer, avoir un conjoint qui s'investit pleinement dans l'éducation des enfants, etc. Et vous si vous faisiez la liste de tous les éléments stresseurs et de vos ressources, ça donnerait quoi ? Rassurez-vous chacun peut influer sur de nombreux éléments stresseurs et amplifier ses ressources pour équilibrer la balance des deux et éviter le burn-out. Mais on peut commencer par s'aider soi-même.

.

Et si on boostait nos compétences émotionnelles ?

Le secret selon les auteurs pour s'aider soi-même est d'améliorer son niveau de compétences émotionnelles. Selon eux, plus on a un haut niveau de compétences émotionnelles plus on est armé pour supporter les stresseurs inhérents à la posture de parent. Mais quelles sont ces compétences ? C'est la capacité d'une personne à identifier, comprendre, exprimer/écouter, gérer et utiliser ses propres émotions. Plus on arrive tôt à les identifier plus vite on va les verbaliser : "Là, maman est en colère." Cela permet à l'enfant de savoir à quoi s'en tenir, de prévoir certaines de vos réactions, de modifier son comportement avant de subir une réprimande par exemple. Mais cela vaut également pour le parent, car les appréhender suffisamment tôt peut permettre de les gérer et d'éviter d'exploser devant vos enfants de manière (presque) injustifié(e). Vous risquez de vous défouler sur vos enfants ou sur votre conjoint alors que la source de votre énervement est ailleurs.

En burn-out, l'irritabilité et la susceptibilité s'expriment chez beaucoup de parents ayant des difficultés à gérer leurs émotions pouvant aller jusqu'à des crises de colère, de cris, de violence.

Par ailleurs il existe différentes stratégies pour gérer au mieux les situations stressantes en identifiant les facteurs qui vous stressent (quelles sont les choses/moments qui me stressent?) et ensuite de réorganiser votre vie pour éviter ces moments de stress. Par exemple cette mère de famille de 5 enfants les met à contribution pour l'aider à gérer différentes tâches : lancer, sortir, plier les lessives, débarrasser le lave-vaisselle, mettre la table, éplucher les légumes). Divisée en 5 ces tâches, lui permet d'avoir plus de temps pour superviser les devoirs et de partager des moments de qualités avec eux.

La morale de ce livre pourrait être : foutez-vous la paix !!! Vous n'êtes pas parfait mais personne ne l'ait et vous aurez sûrement de nombreuses occasions d'entendre des critiques sur votre vie, votre éducation et votre couple. Si un jour vous voyez une maman ou un papa en détresse, ne le ou la jugez pas mais tendez-lui la main.

Ce que j'ai particulièrement aimé :

La possibilité de s'auto-évaluer et de rechercher les ressources qui pourraient rééquilibrer notre situation. Ce livre ne laisse pas de côté les pères qui sont eux aussi susceptibles de tomber en burn-out.

EN BREF : C'est un livre à mettre en toutes les mains et surtout pour toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans la grande aventure de la parentalité.

Et vous : Qu'en avez-vous pensé ? Est-ce que vous l'avez utilisé ? Qu'est-ce que cela vous a apporté ? Avez-vous des recettes pour mieux vivre votre parentalité ?

Pour aller plus loin :

Une application pour mieux vivre sa parentalité :

Dr Mood Burn-out Parental

Un site web pour sortir de l'isolement, lire des témoignages et trouver des adresses de spécialistes :

https://www.burnoutparental.com

#parentalité